Effacement

Arrivés à un certain âge, regarder en arrière est fréquent. Non, pas un regard empli de mélancolie, mais la simple curiosité de poser le regard sur le chemin parcouru ; quelques regrets, certainement mais sans plus. Regarder le trajet, les entrelacs, les pierres encombrant l’avancée, les ornières creusées par les générations passées, se souvenir des promeneurs croisés ici et là …

Personnellement  je me dis que je suis la somme de tout ce chemin, et la somme du chemin de mon père, qui lui était aussi la somme du chemin de son père … Regarder d’où je viens me rassure quelque part. Je regarde les racines, les fondements de mon être, de mon identité. Mon identité s’est construit sur une culture riche de valeurs humaines. Je peux dire sans trop me tromper que cette culture a forgé mon identité. Ma culture est importante, ma culture c’est l’expression de la globalité de mon environnement. Aussi, aujourd’hui, trois événements, qui touchent ma culture occidentale, m’interpellent :

  • un musée, temple de la culture, fait disparaître la notation des chiffres romains,
  • une traduction de “la Divine Comédie” est purgée de toutes occurrences liées au prophète musulman Mahomet,
  • la Littérature médiévale risque de disparaitre du Capes de lettres Modernes. En effet, le ministre Jean-Michel Blanquer projette de supprimer la Littérature médiévale pour l’épreuve du Capes de Lettres, soit la période allant de la chute de l’Empire romain jusqu’à la Renaissance. En même temps, je lis que l’université de Leicester en Angleterre abandonne toute forme d’enseignement de littérature antérieure à 1500 – Shakespeare a eu chaud aux fesses ! – pour “coller à ce que les étudiants attendent“.

De ce fait, il est fort à parier que dans le futur, des auteurs tels que Lewis et Tolkien – tous les deux étudiants en Lettres modernes, ne verront jamais le jour … La Divine Comédie de Dante est victime de la doxa bien pensante, soit de “il” anonymisé : la version de L’Enfer, premier volet du triptyque de La Divine Comédie, a ainsi été retraduite par Blossom Books, éditeur néerlandais. Et  il a été demandé que l’on retire la mention de Mohamet, prophète musulman, pour « éviter que le livre soit inutilement blessant », rapporte le quotidien belge De Standaard  (extrait de l’article de Nicolas Gary sur actualitte.com).

À mon sens, deux raisons essentielles expliquent cette suppression : la première est la mise en application du principe qui réserve aux seuls musulmans le droit d’écrire sur l’histoire et la culture islamiques ; la seconde étant le Dialogue Euro-Arabe. Le Dialogue Euro-Arabe, émanation de l’APECEA, est un processus mis en place entre l’Union Européenne et la Ligue Arabe ou l’OCI-ISESCO pour le développement, la coordination des relations dans l’objectif de pacifier la zone euro-méditerranéenne.  Il s’agit de mesures approuvées par l’EU pour éradiquer les images négatives de l’islamisme en Europe, images propices à la création de sentiments islamophobes.

Les chiffres romains pourraient aussi disparaître de notre univers mental. Ils ne sont pas essentiels ; c’est vrai. Je relève deux inconvénients à leur disparition : le premier c’est l’effacement de notre lien avec l’Antiquité romaine, le second c’est l’abnégation de notre identité ; je pense pouvoir affirmer que nous sommes la seule civilisation à “identifier” nos siècles, empereurs, rois et papes par des chiffres romains ; ils sont les marqueurs culturels de l’histoire de L’Europe. Et lorsqu’il m’arrivera de regarder en arrière, je ne verrai plus les marqueurs culturels devenus évanescents , le chemin tracé s’évanouira dans une brume semé de cailloux oubliés. Effacer la mémoire collective des peuples ou la vider ne fait pas oublier que “la nature a horreur du vide”…

Chiffres romains, Littérature médiévale, censure et caviardage de grands classiques …

Si je me trompe, merci de corriger mon erreur en me laissant un commentaire.

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