Philippe

Philippe est né le 15 septembre 1966 à Digne les Bains.

Je ne me souviens pas de sa naissance ni d’être allée à la maternité. J’ai certainement été gardée durant quelques jours par nos voisines, tante et grand-mère de Valérie P. habitant le fond du lotissement. Je me souviens de ma mère baignant Philippe dans une petite baignoire plastifiée posée sur des pieds en forme de X et disposant d’un tuyau de vidange. Il me semble que j’ai été plus impressionnée par ce système que par le frère que je découvrais, nu, minuscule, avec une proéminence entre les jambes et un bobo rougi par le mercurochrome sur le ventre. Enfin la baignoire se vidait et l’engin se transformait en table…

Mes souvenirs de Philippe sont des bons souvenirs. C’était un frère gentil, joueur et toujours heureux. Sept ans d’écart ne permettent pas vraiment de beaucoup nous rapprocher. Pourtant nous avons jouer ensemble à la balle lorsqu’il était encore dans sa petite enfance, assis dans le couloir et la faisant rouler à ras le sol. Cette balle ou ballon exaspérait notre mère…

Un jour, Philippe devait avoir deux ou trois ans, je suis partie de la maison. J’imagine que la seule raison qui m’ait poussée à fuguer était un conflit avec ma mère. Et pensant mon petit frère Philippe victime au même titre que moi de la méchanceté de notre mère, je l’ai emmené avec moi. Grosse erreur. Notre père nous a retrouvés à 100m de la maison et je me souviens encore de l’accueil et des paroles glaçantes de notre mère :”Toi tu peux partir si tu veux, mais tu laisses ton petit frère ici…” Sur le moment, je n’ai pas réalisé ce que cela voulait dire.

Vers l’âge de cinq ans, Philippe a eu la rougeole et se plaignait d’avoir mal aux yeux. Pensant que ces cils qu’il avait magnifiquement longs étaient la source de son mal aux yeux, et les ciseaux en mains il me demandait de les lui couper un peu. Ce que je fis. Notre mère s’en rendit compte quelques temps (heures ? jours ?) après. Et dans toute son innocence Philippe lui avoua que c’était moi qui les lui avais coupés. Ce jour-là, l’enfer s’est abattu sur moi.

Plus tard, scolarisé en primaire au Sacré-Coeur à Digne les Bains et en difficulté d’apprentissage, l’institutrice de Philippe avait noté une réflexion déplacée sur son cahier au sujet d’un travail qu’il n’avait pas réussi. Ma mère en avait été bouleversée… Je me souviens d’avoir fait réponse à l’institutrice en écrivant moi aussi sur le cahier de Philippe…

J’ai grandi et mon petit frère Philippe n’a plus été aussi proche de moi, alors qu’il pleurait à mon mariage, parce qu’il”perdait sa soeur”.

Aujourd’hui, Philippe fête bientôt 60 ans. Après une carrière de pâtissier à Marseille et un mariage râté, sans enfant, il se retrouve vivre à Digne les Bains chez sa mère. La cohabitation semble bien difficile mais c’est tout ce qu’il a. Atteint jeune par une maladie trés handicapante, il n’a pas mené sa vie comme il l’entendait et il semble développer une certaine amertume pour les gens qui “vivent normalement”.

 

Malgré tout, il reste pour moi un garçon gentil et joueur.

 

 

 

 

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